[Imc-france-paris] 1er décembre : dossier de presse
Jerome Martin
actupvp at noos.fr
Mer 27 Nov 20:39:26 PST 2002
Act Up-Paris
POLITIQUE SÉCURITAIRE : CATASTROPHE SANITAIRE
1er décembre 2002, journée mondiale de lutte contre le sida
Dossier de presse
Contacts : Victoire Patouillard, Nathalie Mangeot / 01 49 29 44 75
Jérôme Martin / 06 85 90 08 27
Le gouvernement a pris pour cible les prostituéEs, les étrangerEs, les
usagEres de drogue et les précaires et s¹apprête à leur rendre impossible
tout accès à la prévention, à la santé et aux droits sociaux. Ce recensement
des catégories " dangereuses " nous est bien connu : ce sont les minorités
que nous sommes et que nous défendons en luttant contre le sida. A chacune
correspondra bientôt dans le code pénal un arsenal répressif ad hoc. En
attendant, le gouvernement n¹a qu¹une idée en tête : nous réduire au
silence.
Pour cela, tous les moyens sont bons : harcèlement policier, diminution,
voire suppression des subventions allouées aux associations de terrain,
intimidation exercée à l¹encontre des militantEs et des activistes, etc.
Des prostituéEs se voient confisquer leurs préservatifs et leurs
traitements, quand elles ne sont pas gazées au lacrymogène avant d¹être
arrêtées et molestées. Des malades du sida ou de cancers continuent de
mourir en prison, et les co-détenuEs qui osent témoigner leur solidarité se
retrouvent enferméEs au mitard. Des malades en fin de vie sont condamnéEs
pour avoir cultivé et fumé du cannabis à des fins thérapeutiques. Des
toxicomanes se retrouvent sans accès aux soins, à la substitution ou à des
droits sociaux, parce qu¹ils ont été arrêtés, ou parce que les structures
qui les soutenaient ont fermé, faute de financements. Des étrangEres malades
sont maintenuEs sans droit au travail, au logement ou à des minima sociaux.
Des malades sans-papiers sont expulséEs dans des pays où ils ne pourront
plus se soigner.
La santé est incompatible avec la répression. Chirac, Raffarin, Sarkozy,
Perben ou Mattéi le savent. Ils ont choisi. En 6 mois, ils ont anéanti des
années de lutte contre le sida. Ils veulent nous réduire au silence, même si
cela doit signifier notre mort.
Le 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le sida, manifestez avec
Act Up-Paris pour la santé, contre la répression.
Départ à 15 heures, M° Barbès.
Avec le soutien des structures suivantes : Cabiria, Académie Gaie et
Lesbienne, Sud Education, Observatoire du Droit des Usagers dans les
institutions sociales, ARAP / Rubis, GISTI, Sol en Si, Action Gay,
Interassociative Lesbienne, Gaie, Bi et Trans, CLAAAAAAAASH, Etudions
Gayment, Sud PTT, Gais Retraités, Agir dans le Xème, Actions Traitement,
PASTT, Turbulences 77, Connexion.
En 2001, 40 millions de personnes sont infectées par le VIH, dont 18,5
millions de femmes et 3 millions d¹enfants. 3 millions de personnes sont
mortes du sida cette même année.
En France, 600 personnes sont mortes du sida en 2001. Au 31 décembre 2001,
26 000 personnes vivaient avec le sida. Depuis le début de l¹épidémie, 40
000 personnes sont mortes en France. On estime à 130 000 le nombre de
personnes vivant avec le VIH.
Sourves : ONISIDA 2002, INVS 2002.
MigrantEs
Parmi les nouveaux cas de sida déclarés en 2001, 31 % concernaient des
patientEs de nationalité étrangère, alors que les étrangEres ne représentent
que 6 % de la population générale. La découverte de la séropositivité est
plus souvent tardive chez les migrantEs que chez les FrançaiEs : en 2000, 42
% des malades étrangEres (contre 22 % chez les patientEs françaises) ne
connaissaient pas leur séropositivité avant d¹avoir contracté une maladie
grave.
Source : INVS 2002.
Ces chiffres témoignent d¹une inégalité inquiétante en terme d¹accès à la
prévention, au dépistage et aux soins. La situation est encore plus
dramatique pour les malades sans-papiers. Inexpulsables, ils et elles ne
sont pas pour autant régulariséEs, n¹ont pas accès à un revenu, à un
logement ou à un emploi et bénéficient d¹une protection sociale au rabais,
l¹Aide Médicale d¹Etat.
Face à cette situation inadmissible, il faudrait assurer la régularisation
de tous les sans-papiers, attribuer à tout sans-papier malade un droit à un
minimum social, à un logement ou à un emploi, bref, lutter contre les
inégalités qui exposent les étrangEres à l¹épidémie.
Le gouvernement a choisi de renforcer ces inégalités. Pour preuve la "
fermeté " de Nicolas Sarkozy vis-à-vis des demandes des sans-papiers ou
lors de la fermeture du centre de Sangatte.
UsagerEs de drogues
En 2000, on estimait à 18 500 environ les usagEres de drogues séropositiVes
et à 6000 les usagEres vivant au stade sida. Plus de 11 000 usagEres de
drogues sont mortEs du sida depuis le début de l¹épidémie. A la même époque,
on comptait 260 000 usagEres contaminées par le virus de l¹hépatite C (VHC)
et 75 000 par le VHB. Aujourd¹hui, 90 % des usagEres de drogue par injection
sont contaminéEs par le VHC. 90 % des usagEres séropositiVes au VIH sont
coinfectées au VHC.
Sources : INVS 2001, 2000.
La politique de " réduction des risques " a permis la reconnaissance des
pratiques d¹auto-support et l¹expertise des premiEres concernéEs. Bien que
tardive et trop timide, elle a permis de limiter les nouvelles
contamination, d¹améliorer l¹accès aux soins, de renforcer l¹information
auprès des usagEres, avec pour conséquence de réduire la mortalité liée à
une overdose.
Aujourd¹hui, le gouvernement entend revenir 15 ans en arrière. Il diminue ou
supprime les financements accordés aux structures de réductions des risques
et d¹accueil des usagers de drogues. Il fait connaître, par la voix de
Dominique Perben ou du nouveau président de la MILDT (Mission
Interministérielle de Lutte contre les Drogues et la Toxicomanie), une
position purement répressive, opposée à la dépénalisation de tout produit.
Cette position conduit d¹office les usagEres en prison et exclut tout débat
sur les risques que le statut illégal des drogues fait courir aux
consommateurs.
Le gouvernement a donc choisi de ruiner plus de 10 années de lutte contre le
sida et d¹exposer les usagEres de drogues à d¹avantages de clandestinité,
donc de prises de risques.
ProstituéEs
La prostitution, qui jusqu¹à présent n¹était pas interdite, est
officiellement criminalisée par le projet de loi sur la sécurité intérieure
de Nicolas Sarkozy, notamment à travers la réintroduction du délit de
racolage passif. Les effets d¹annonce du gouvernement en la matière ont
sonné comme un blanc-seing accordé à des pratiques policières d¹un autre
âge. Il n¹est plus rare que les prostituéEs se voient confisquer leurs
préservatifs par les forces de l¹ordre. CertainEs seropositiVes se sont même
vu confisquer leurs traitements.
Nicolas Sarkozy prévoit par ailleurs l¹expulsion de toute prostituéE
étrangèrE condamnéE pour racolage, que sa situation soit régulière ou non.
Ce n¹est ni plus ni moins que l¹application de la préférence nationale,
chère à Le Pen, dans le domaine de la prostitution. Dans le même registre,
il entend conditionner la remise ou la suspension de peines de prostituéEs à
de la délation.
Les prostituéEs sont donc obligéEs de travailler dans une clandestinité
accrue, en proie à la violence et sans conditions sanitaires correctes.
RepousséEs dans les endroits les moins visibles, ils et elles n¹ont plus
accès aux actions de prévention. La prise en charge sanitaire et sociale est
réduite à néant.
Précaires
L¹épidémie fait son lit sur la précarité. En 2000, seulement 43 % des
personnes atteintes déclaraient toucher un revenu lié à l¹emploi. L¹AAH ou
une pension invalidité représente l¹unique source de revenu pour un homme
séropositif sur deux, et pour deux femmes sur cinq. 13 % des personnes
atteintes n¹ont pas accès à un logement stable.
Source : Rapport Delfraissy 2002.
Le gouvernement refuse d¹augmenter les minima sociaux. Il préfère
criminaliser les plus précaires, en introduisant un nouveau délit, la "
mendicité agressive ". Dans le même temps, il suspend les financements
accordés à toutes les associations et les structures qui travaillent dans le
domaine social.
DétenuEs
La prévalence du VIH est de 1,56 % à l¹entrée du milieu carcéral contre 0,5
% en milieu libre. Celles du VHB et du VHC sont de 2,3 % et de 4,4 % à
l¹entrée en prison contre 0,2 et 1 % à l¹extérieur. En prison, 90 % des
personnes infectées par le VIH sont coinfectées en VHC. Ces chiffres ne
tiennent compte que des dépistages proposés à l¹entrée en prison et sont
donc en deçà de la réalité carcérale.
Source : Ministère de la Justice.
Le ministère de la Justice s¹avère incapable de donner des chiffres réels de
l¹épidémie dans les prisons : prévalence, mortalité, accès aux traitements
d¹urgence, etc. Il n¹hésite même pas à afficher son incompétence dans ce
domaine. Les quelques chiffres qui percent sont pourtant effarants : 20
détenus sont morts depuis le début de l¹année à l¹hôpital pénitentiaire de
Fresnes, et six sont mourants. Au-delà du sida, unE détenue se suicide tous
les trois jours en France.
Au 1er juin 2002, on comptait 54 950 détenuEs pour 45 000 places effectives.
Le nombre de détenuEs atteignait 56 835 au 1er juillet. La surpopulation
carcérale explose, ce qui n¹est guère étonnant, étant donné que le
gouvernement n¹a que l¹incarcération comme seule solution à proposer aux
précaires, aux prostituéEs, aux étrangEres et aux usagEres de drogues.
Il y a deux ans, deux rapports parlementaires ("Prisons : une humiliation
pour la République") approuvés à l¹unanimité par les députéEs et sénatRices,
de droite comme de gauche, s¹alarmaient des conditions de vie carcérale,
déclaraient incompatible le fait d¹avoir une pathologie grave et de vivre en
détention, et recommandaient de vider les prisons des personnes malades,
mais aussi des sans-papiers et des usagEres de drogues.
Deux ans plus tard, Nicolas Sarkozy et Dominique Perben font exploser la
surpopulation carcérale. Ils construisent de nouvelles prisons pour mieux
les remplir de tous ceux qui les gênent, sans aucun égard pour leur vie et
leur santé.
La répression contre la santé
La santé est incompatible avec la répression. La droite le sait, et agit en
connaissance de cause. Elle prend ces mesures répressives avec la pleine
conscience de leurs conséquences sur nos vies et sur la santé publique. Mais
la santé n¹est pas l¹affaire de ce gouvernement.
Le silence du Ministre de la Santé est à cet égard éloquent. Depuis 6 mois,
on n¹a jamais entendu Jean-François Mattéi sur les questions de la
précarité, des drogues, de la prostitution, des prisons ou de l¹immigration,
comme si la santé n¹avait rien à voir avec ces sujets. Sur tous ces sujets,
Act up-Paris l¹a sollicité, n¹obtenant qu¹un silence qui révèle son
incompétence. Les débats sur la santé, les droits, les politiques, tout ce
dont nos vies dépend, tout cela a été réquisitionné par les Chirac, Perben
et Sarkozy, avec pour seule visée d'entretenir l'hystérie sécuritaire.
Le Pen a gagné les élections
La majorité actuelle, la droite " républicaine " de l¹UMP, a été élue pour
faire barrage au Front National. Depuis 8 mois, elle ne cesse de faire le
jeu du FN, pour mieux séduire ses électeurs :
- Nicolas Sarkozy a qualifié de " droits-de-l¹hommiste " ceux qui
s¹opposaient à sa politique. Il s¹agit là d¹un terme fréquemment utilisé par
Le Pen et que l¹on peut par ailleurs retrouver dans les écrits d¹Unité
Radicale, le groupuscule d¹extrême droite dissous l¹été dernier.
- Dominique Perben, ministre de la Justice, vient de se prononcer pour un
dépistage obligatoire des personnes suspectées de viol : depuis 10 ans,
aucun responsable politique, mis à part Le Pen, n¹avait osé criminalisé la
séropositivité et proposé ce genre de mesures.
- Pierre Lellouche, député UMP, affirme dans Le Parisien du 16 septembre, à
propos de l¹ouverture d¹un centre d¹accueil pour SDF : " Rien ne nous
garantit que ce ne soient pas des drogués, des immigrés, ou des malades du
sida ". Pierre Lellouche n¹a pas été exclu de l¹UMP, ce parti " républicain
", pour avoir tenu de tels propos.
Le 1er mai dernier, 1 million de personnes manifestaient leur opposition à
Le Pen. Le 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le sida, le
gouvernement français se fendra sans doute d¹une communication officielle
pleine de compassion. Mais cette communication ne trompera personne : entre
la santé et la répression, Chirac, Raffarin, Sarkozy, Perben et Mattéi ont
choisi. Ils veulent nous réduire au silence, même si cela doit signifier
notre mort. Le Pen a gagné les élections.
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