[Imc-france-paris] Foulard: le "populisme" contre le peuple
Cédric Benyounès
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Dim 8 Juin 13:19:34 PDT 2003
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Date : Sun, 08 Jun 2003 09:58:09 +0200
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Objet : [Lmsi] Foulard: le "populisme" contre le peuple
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FOULARD: LE POPULISME CONTRE LE PEUPLE
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Un nombre croissant de responsables politiques de la majorité
Présidentielle ou de l'opposition socialiste, rejoints par des
intellectuels, milite pour le vote d'une loi qui aboutirait à
l'exclusion systématique des élèves refusant d'enlever leur foulard. En
plus de considérations sur la laïcité, l'égalité des sexes ou les
dangers du " communautarisme ", nombre d'entre eux invoquent le fameux "
message du 21 avril 2002 " : la " France d'en bas " demande de la loi,
de la fermeté, des " repères " - bref : " une république forte " ! Sans
doute ces hommes politiques sont-ils persuadés que c'est en remettant en
cause la loi d'obligation scolaire et en désignant quelques centaines de
jeunes filles comme boucs-émissaires qu'ils pourront regagner la
confiance de " l'opinion "Š Il est vrai qu'un sondage réalisé par l'IFOP
fin avril 2003 et publié dans Le journal du Dimanche peut les en
persuader : 74% des sondés se déclarent " défavorables " au " port du
foulard à l'école ". Mais faut-il en conclure que 74% des sondés
soutiennent la loi que réclament les nouveaux Croisés d'une " laïcité "
qui exclut ? Rien n'est moins sûr. Car au même moment, lorsque la
question précise les choses en parlant d'" interdiction " plutôt que de
simple opinion " défavorable " (" Vous personnellement, seriez-vous tout
à fait favorable, plutôt favorable, plutôt opposé ou tout à fait opposé
à ce que soit désormais interdit le port du foulard islamique à l'école
? "), 49% des sondés se disent favorables à une " interdiction " (et ils
ne sont que 40% chez les 15-25 ans), tandis que 45% se disent opposés et
que 6% ne se prononcent pas (sondage BVA publié dans La Dépêche du Midi
du 29 avril 2003). Quant à l'invocation quasi-rituelle de la " France
d'en bas " (ou prétendue telle) qui aurait manifesté sa " demande de
fermeté " le 21 avril 2002, et qui réclamerait aujourd'hui une
redéfinition de la laïcité, elle se trouve également démentie par le
sondage BVA : les " professions libérales, cadres supérieurs et chefs
d'entreprises " sont 56% à approuver " l'interdiction du foulard à
l'école ", tandis que les ouvriers et les employés sont une majorité à
se montrer hostiles à cette interdiction. Certes, nous dira-t-on, 49%
des sondés, ce n'est déjà plus 74%, mais c'est malgré tout une (courte)
majorité. Mais là encore, il convient d'être prudent. Car lorsque la
question posée explicite la signification concrète de l'" interdiction "
(à savoir : l'exclusion des élèves refusant d'ôter leur foulard), les
personnes interrogées se montrent beaucoup plus mesurées. En effet,
quand, dans le même sondage BVA, on leur propose diverses manières de
traiter ces élèves " voilées ", 26% des sondés choisissent de " ne pas
interdire " le port du foulard dans les établissements scolaires ("
chacun devant être libre d'afficher ses convictions ou sa foi religieuse
"), 46% choisissent d'interdire le port du foulard " mais sans aller
jusqu'à exclure de l'école les jeunes filles qui refusent de l'ôter " ;
et seuls 22% des sondés choisissent, comme le préconisent Jack Lang,
François Baroin et plusieurs autres, d'interdire le port du foulard " et
d' exclure de l'école les jeunes filles qui refusent de l'ôter ". Au
total, ce sont donc 72% des personnes interrogées qui refusent
l'exclusion de ces élèves : voilà qui fera peut-être réfléchir ceux de
nos dirigeants que n'émeuvent pas les arguments de fond sur le droit à
l'école pour tous et toutes, la brutalité d'une exclusion, et le rôle
que doit coûte que coûte jouer l'école dans l'émancipation de toutes les
jeunes filles, y compris celles qui portent le foulard. En d'autres
termes, les dirigeants, de gauche comme de droite, qui partent
aujourd'hui en guerre contre les élèves " voilées ", sont en train de se
fourvoyer, aussi bien du point de vue des principes démocratiques que du
point de vue de leur intérêt politique le plus immédiat. Ils commettent
la même erreur d'appréciation que ceux qui, en 1998 et 1999,
manifestaient leurs réticences ou leur franche opposition au PACS : ils
pensent représenter la " France profonde ", et relayer la voix de la "
majorité silencieuse ", alors qu'ils ne font qu'exprimer les préjugés de
la minorité la plus réactionnaire et la plus crispée - une minorité que
les plus récents sondages estiment en l'occurrence à 22%. Ils optent, en
d'autres termes, pour une " démagogie " fort éloignée de ce que pense en
réalité le " demos ". Un " populisme " sans le peuple - et contre le peuple.
Pierre Tévanian
(pierre.tevanian at lmsi.net)
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